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Cahier Votre maison, samedi 30 octobre 2010
Redonner vie aux berges des cours d'eau
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Durant la seconde moitié du siècle dernier, les berges de nombreux lacs et rivières du Québec ont été dénudées de leur végétation, qu’on a ensuite remplacée par
des murs de béton ou des empierrements. Dans plusieurs de ces écosystèmes, cela provoque aujourd’hui des déséquilibres et des problèmes importants, dont la
prolifération des fameuses cyanobactéries.
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Par Albert Mondor, collaboration spéciale
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Heureusement, il est maintenant interdit d’éliminer les végétaux qui poussent sur les rives de la plupart des cours d’eau du Québec. Toutefois, certains lacs et
rivières sont actuellement en mauvais état et doivent être revitalisés par l’être humain afin qu’ils puissent retrouver leur équilibre naturel.
Déséquilibres et problèmes
Le fait d’éliminer les plantes qui poussent sur les rives d’un cours d’eau peut avoir pour effet de rendre l’eau trouble et plus chaude. En effet, lorsqu’il n’y a
plus de végétaux pour stabiliser les berges d’un lac ou d’une rivière, les eaux de ruissellement tombent directement dans l’eau, chargées de terre, de matières
organiques et de fertilisants, sans être filtrées. Les berges nues sont aussi plus sujettes à l’érosion par les vagues, ce qui contribue aussi à augmenter la quantité
de terre et de matière organique en suspension dans l’eau. Des berges exemptes de plantes ont également pour effet d’élever la température de l’eau. Les végétaux
ombragent l’eau et permettent d’éviter qu’elle soit directement exposée aux rayons du soleil à certains moments de la journée, tandis que la terre nue et les pierres
accumulent beaucoup de chaleur, qu’elles transmettent ensuite à l’eau. Ces deux phénomènes combinés – augmentation des sédiments en suspension dans l’eau et
augmentation de la température de l’eau – figurent parmi les diverses causes de la prolifération des cyanobactéries.
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Autre phénomène important : le fait qu’il y ait peu de plantes autour d’un lac ou d’une rivière a un impact direct sur la biodiversité animale. Une diminution du
couvert végétal se traduit habituellement par une raréfaction des abris et des lieux de ponte pour les poissons et les batraciens, ainsi que par une diminution de la
quantité de nourriture disponible pour ces animaux.
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Cyanobactéries
Les cyanobactéries, appelées communément algues bleu-vert, sont des organismes microscopiques qui existent sur notre planète depuis environ 3,5 milliards d’années.
Êtres vivants primitifs semblables aux bactéries, elles se distinguent toutefois de ces dernières par le fait qu’elles sont capables d’effectuer la photosynthèse –
c’est-à-dire de convertir la lumière provenant du soleil en énergie – comme le font les algues.
Dans les cours d’eau en bonne santé, les cyanobactéries sont habituellement invisibles, car elles sont présentes en faible quantité. Lorsqu’elles deviennent
surabondantes, elles forment à la surface de l’eau des plaques qui ressemblent à de l’écume ou à de la peinture dont la couleur varie du vert olive au turquoise.
Ces plaques sont généralement formées de cyanobactéries mortes. À ce stade, elles perturbent l’équilibre des milieux aquatiques et libèrent des toxines dangereuses
pour les humains et pour certains animaux. Lorsqu’on est en présence de cyanobactéries en bordure d’un lac, il faut s’abstenir d’inhaler les vapeurs émises par
celles-ci. Il faut également éviter de se baigner et de consommer du poisson ou de boire l’eau provenant du lac contaminé.
La prolifération excessive des cyanobactéries dans certains cours d’eau est causée par leur enrichissement en azote et en phosphore. Ces éléments nutritifs proviennent
de diverses sources. Dans certaines régions, c’est la fertilisation et l’épandage de fumier sur les terres agricoles qui sont la cause du problème, alors qu’en d’autres
endroits, l’élimination des végétaux vivant sur les rives, la déforestation du bassin versant, les installations septiques déficientes, les rejets d’eaux usées ainsi
que la fertilisation des pelouses et des terrains de golf sont les principales sources d’azote et de phosphore qui favorisent la croissance effrénée des cyanobactéries.
Végétaux essentiels
Le plus sûr moyen de redonner vie à un cours d’eau en mauvaise santé est de planter des végétaux sur ses berges nues, idéalement des plantes indigènes caractéristiques
des milieux aquatiques de notre province. Essentielles au bon fonctionnement des cours d’eau, les plantes aquatiques empêchent, entre autres, la prolifération des
algues, mais elles fournissent également nourriture, abris ainsi que lieux de ponte et de nidification pour une foule d’espèces animales.
Il existe quatre groupes distincts de plantes aquatiques. Il y a d’abord les plantes à feuilles flottantes, telles que le nymphéa odorant (Nymphaea odorata) et
le grand nénuphar jaune (Nuphar variegatum). Grâce à leurs grandes feuilles, elles ombragent l’eau, gardant ainsi sa fraîcheur et servent d’abri aux poissons
ainsi qu’à certaines larves d’insectes utiles. Les grenouilles et quelques espèces d’oiseaux adorent s’installer sur leurs feuilles pour guetter leurs proies. Les
plantes flottantes, comme la lentille d’eau (Lemna minor), flottent librement sur la surface de l’eau sans être enracinées au substrat. Les plantes submergées,
comme l’élodée du Canada (Elodea canadensis), vivent sous la surface de l’eau. Elles servent de nourriture pour certains poissons et sont essentielles pour
oxygéner l’eau. Enfin, les végétaux des lieux humides, comme l’iris versicolore (Iris versicolor), le myrique baumier (Myrica gale) et les sagittaires
(Sagittaria), sont des plantes dont le pied peut être recouvert d’eau mais dont le feuillage doit toujours être à l’air libre. En plus de retenir le sol avec
leurs racines, ces plantes qui couvrent les rives des lacs et des rivières abritent une grande quantité d’insectes, de grenouilles, d’oiseaux ainsi que de petits
mammifères et servent de frayère à certains poissons. De plus, leurs feuilles et leurs fruits nourrissent bon nombre d’espèces animales et leurs fleurs constituent
une source de nectar pour les insectes pollinisateurs.
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